tu sais...









Sortie de mon lit en plein après-midi avec les yeux brûlants – heures longues heures violentes – et sans raison
je descends dans la rue à demi-habillée parce que j’ai vu passer H sous mes fenêtres – il revient de son pays où il a enterré son père, ses yeux sont marqués mais toujours il pose la main sur le coeur pour me saluer, ce geste chaque fois accompli me bouleverse, de cette rue où nous nous sommes découverts un jour parce que je pleurais, où nous avons parlé parfois assis sur le bord du trottoir, il me dit que c’est une vie très abrupte (c’est le mot qu’il emploie), sous la pluie fine nous nous promenons, le long de la Seine et du temps il a des amis partout, il convoque pour moi les voies romaines, les barricades communardes, les catacombes, je sais qu’il est d’une grande érudition mais quand je m’émerveille spontanément, de cette multitude de détails, il me dit très doucement : tu sais...9 ans de prison c’est très long
et je comprends tout d'un coup pourquoi cet homme-là me touche...











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